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3 questions à… Maïtha Lobjois de Terres de couleurs

Présidente de l’association bretonne Terres de couleurs, Maïtha Lobjois soutient depuis plusieurs années les efforts d’une association Masaï du Kenya qui lutte contre la tradition de l’excision. Education et changement des mentalités sont au cœur de leur action.

Propos recueillis par Moïra Sauvage

1/ Pourquoi cet engagement contre l’excision ?

J’ai été pour la première fois en Afrique lorsque mon fils fondé une famille au Sénégal, il y a une quinzaine d’années. Malgré les dénégations de son entourage, j’ai vite découvert la réalité de l’excision. L’association que j’ai alors fondée, Terres de couleurs, a commencé par une aide traditionnelle à plusieurs villages où nous menions des actions de soutien aux écoles. Mais c’est plus récemment, en rencontrant en 2010 Phyllis et Kenny Matampash, représentants du peuple masaï, qui faisaient une conférence en Bretagne, et en découvrant à cette occasion l’importance du phénomène de l’excision au Kenya que nous avons décidé de nous investir à leurs côtés. Je leur ai ensuite rendu visite et nous avons décidé de travailler ensemble, même si nous ne nous voulons nous considérer que comme une pièce rapportée !

A Terre de couleurs, que j’avais fondé avec quelques amies de bonne volonté, nous sommes aujourd’hui une cinquantaine, et les hommes nous ont rejoint après avoir écouté Kenny. Je dis souvent que nous effectuons un « travail de colibri » pour ne pas dire de fourmis… Mais les quelques résultats positifs que nous observons et les liens que nous avons tissés avec cette communauté Masaï en danger d’assimilation me donnent beaucoup de confiance en l’avenir.

2/ Quelle est aujourd’hui la situation des Masaï ?

C’est un peuple de pasteurs, très attaché à ses traditions. Pourtant, avec la modernité, ils perdent peu à peu ce qui faisait leur force, leur sagesse. Beaucoup d’entre eux sont maintenant dans des églises évangélistes, ce qui est positif dans le sens où ceux-là n’excisent plus leurs filles, mais cela contribue en même temps à une certaine évolution de leur identité.

En ce qui concerne les jeunes filles, elles sont mariées très jeunes, car elles coûtent cher à leur famille et le mariage permet à celle-ci d’obtenir de nouveaux troupeaux. Les femmes ont généralement un statut inférieur à celui des hommes et il semble souvent inutile aux parents de scolariser des filles destinées à devenir mères de famille. Quant à l’excision, elle a lieu chez les Masaï entre dix ans et quinze ans , contrairement à d’autres pays où elle a lieu encore enfant.

Même si elle est, comme dans de nombreux pays, interdite par la loi, celle-ci est détournée au nom de la tradition qui veut qu’une fille non excisée sera impossible à marier.

3/ Comment agissez-vous concrètement ?

Nous soutenons le programme qui a été mis en place dans la région d’Indupa, qui consiste à aider la scolarisation des jeunes filles en échange de la promesse qu’elles ne seront jamais excisées. Il s’agit évidement de convaincre les parents de l’intérêt de cet engagement, et pour cela une sensibilisation est faite dans les villages par l’association des Matampash. C’est un travail de fond dont il faut laisser les gens locaux responsables. Des groupes d’entraide ont été créés qui libèrent la parole et les craintes vis à vis des anciens, plus attachés à cette coutume. Nous ne voulons surtout pas donner l’impression d’une intrusion dans leur vie et qu’ils considèrent que nous ne respectons pas leur culture. Nous prenons les filles dès douze ans et les menons jusqu’à l’âge adulte, avec un travail en main qui leur permettra de se débrouiller et d’avoir une place utile dans leur communauté.

Je suis aujourd’hui pleine d’espoir, même si je sais que cela prendra de nombreuses année, car j’ai vu sur place que les jeunes changent! nous sommes dans une stratégie d’accompagnement -je préfère ce mot à lutte ou combat- qui aboutira, j’en suis sûre, à l’abandon de l’excision.



2 juin 2014

Catégories : 3 questions à, France, International