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Soudan du nord

Les chiffres de l’excision

Selon de dernier rapport de l’UNICEF de 2013, 87,6% des femmes âgées de 15 à 49 ans sont excisées au Soudan (les données concernant les MSF ont été recueillies uniquement dans la partie nord de l’ancien Soudan, avant que la République du Soudan du Sud ne se sépare de la République du Soudan en juillet 2011). La pratique la plus couramment rencontrée est l’excision de type III (infibulation).

55% des excisions réalisées au Soudan le sont par des praticien-ne-s de santé : principalement des sages-femmes pour des raisons financières, des infirmières et pour 1% environ des médecins.

La prévalence reste très élevée : l’Enquête Démographique et de Santé du Soudan (EDS) de 1989-1990 indiquait que 89% des femmes avait subi une forme d’excision. Le rapport UNICEF de 2000 confirmait cette statistique.

Environnement juridique

Le contexte législatif

Le Soudan a été le premier pays africain à légiférer contre l’excision, déclarant l’infibulation illégale en 1946. Les pratiques moins invasives d’excision étaient toutefois permises. La loi de 1946 a été endossée dans le Code pénal soudanais à son indépendance en 1957.

En 2003, les autorités ont fait passer un décret visant à interdire au personnel de santé de pratiquer toutes formes de mutilations sexuelles féminines ainsi que la ré-infibulation (après accouchement notamment).

En 2009, un décret a élargi la criminalisation à toutes les formes de mutilations sexuelles féminines. Le nouveau Code pénal (2003) stipule au sein de la section 284(A) : « “Female Circumcision”: Whoever makes or causes female circumcision to be done commits an offence and shall on conviction, be punished with imprisonment for a term not exceeding ten years or with fine, or with both »(« La circoncision féminine : Quiconque pratique ou provoque l’excision commet une infraction et est passible d’un emprisonnement maximal de dix ans ou d’une amende, ou les deux »).

La jurisprudence

Le maintien d’un taux de prévalence élevé, notamment au Soudan, indique que les cas de violation de la loi ne seraient pas poursuivis devant les tribunaux.

Programme au plan national

Le gouvernement soudanais a soutenu une campagne intensive contre les MSF, impliquant les groupes religieux, les médias et les organisations de femmes :

Les médecins soudanais ont été impliqués dans les pratiques des MSF dès les années 60 et des mouvements contre les MSF issus de la société civile ont débuté dans les années 70, incluant des campagnes de masse pour sensibiliser à la lutte contre l’excision. En 1979, la première conférence nationale sur les MSF s’est tenue à Khartoum, capitale du Soudan.

Bon nombre d’organisations ont été incluses dans les travaux de lutte contre l’excision au Soudan : 

  • le Comité national soudanais sur les pratiques traditionnelles (SNCTP) financé par le gouvernement des Pays-Bas, a d’abord travaillé sur des outils de formation pédagogique, a formé des avocats et a organisé des conférences afin d’informer le public.

  • l’Organisation pour éradiquer les pratiques traditionnelles néfastes à la santé des femmes et des enfants (ETHP) a organisé des séminaires, des groupes de discussions sur la santé publique et a distribué des outils pédagogiques dans les zones rurales isolées.

  • L’Association du Planning familial soudanais et le Comité soudanais des obstétriciens et des gynécologues ont adopté des recommandations visant à abolir les mutilations sexuelles féminines dans les années 70.

  • L’Organisation Babiker Badri a été impliquée dans les campagnes contre l’excision, mettant en place des programmes d’éducation visant les femmes et les enfants.

  • Le Groupe Mutawinat a réalisé des études documentant le statut de la femme n’ayant pas subi d’excision.

  • Le Conseil National sur la santé des enfants, l’Union soudanaise des Journalistes et l’UNICEF ont également travaillé pour stopper toute forme d’excision dans le pays d’ici à 2018. Ensemble, ils ont organisé des évènements pour célébrer la journée internationale de Tolérance Zéro aux MSF (6 février).

Le programme « Saleema », une initiative mettant à l’honneur les filles non excisées, a particulièrement réussi au Soudan. Le mot « Saleema »signifie en arabe « intacte », « indemne », « telle que Dieu a créé ». Via une communication positive et une éducation informelle, le programme encourage les familles soudanaises à parler ouvertement des sujets tabous comme les MSF et à les envisager sous l’angle des droits humains. Le programme promeut l’abandon collectif de la pratique, au niveau de la communauté. Le programme Saleema utilise les media de masse pour diffuser très largement son message, distribue des dépliants, des affiches et organise des conférences. Plus de 100 leaders religieux sont également impliqués dans ce programme.

Cette approche a suscité l’intérêt d’autres pays d’Afrique de l’Est (Erythrée, Kenya et Djibouti) et des avocats soudanais ont organisé des visites en Egypte pour partager les leçons tirées de cette approche. La campagne Saleema entraine un changement des mentalités : par exemple, 64% des garçons et des hommes et 53% des filles et des femmes pensent que les MSF devraient s’arrêter.

Sources :

  • Rapport UNICEF 2013
  • Orchid Project 20/02/2013
  • Landinfo (The Country of Origin Information Centre) : Report Female genital mutilation in Sudan and Somalia Dec. 2008.