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Érythrée

Les chiffres de l’excision

Selon le dernier rapport de l’UNICEF de 2013, le taux de prévalence en Erythrée est de 89% de femmes ayant subi une mutilation sexuelle (MSF). L’Union nationale des femmes érythréennes (UNFE), créée en novembre 1979 et reconnue par le Gouvernement en tant que mécanisme de promotion de l’égalité des sexes[1] annonce quant à elle un taux de 94%.

En Erythrée, les MSF sont pratiquées autant par les musulmans que par les chrétiens. Dans le pays, la moitié de la population est de confession musulmane et l’autre chrétienne (orthodoxe). A noter que pour 60% de filles excisées, la population, et notamment la communauté chrétienne, évoque des raisons religieuses.

Les formes de MSF les plus pratiquées en Erythrée sont celles de type I et III.

Le taux de prévalence des filles infibulées en Erythrée est très différent selon les ethnies : au sein de la communauté Afar, le taux est de 96% ; chez les Kunama 31% et 96% des Hedarib.
Il existe une différence notable entre les tranches d’âge : 78% des filles âgées de 15 à 19 ans ont subi une des formes d’excision, contre 95% des aux femmes âgées de 45 à 49 ans.

Environnement juridique

Le contexte législatif

Par la Proclamation 158/2007 du 31 mars 2007, le Gouvernement de l’Erythrée a aboli l’excision. La loi stipule que «toute personne qui demande, incite ou fait la promotion de l’excision et échoue à informer les autorités rapidement d’un cas d’excision sera passible d’une amende ou d’une peine de prison». L’amende est fixée entre 300 et 600 dollars et la peine de prison entre 2 et 3 ans pour les personnes pratiquant l’excision.

L’Érythrée a ratifié sans réserve la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF, ou CEDAW en anglais) en 1995. Depuis, la Convention a été traduite dans les langues locales et largement diffusée parmi la population, et en particulier auprès des femmes.

La jurisprudence

C’est notamment grâce à la campagne anti-excision menée par l’UNFE et d’autres partenaires de la société civile que la loi de 2007 conduisant à la pénalisation de l’excision a été proclamée.

Depuis la promulgation de cette loi, 155 cas d’excision et de nombreux praticiens auraient été poursuivis devant les tribunaux. Toutefois, disposer de statistiques fiables sur les condamnations et sur l’impact de la loi de 2007 reste très difficile. Les autorités publiques contrôlent toutes les sources d’information. Ce contexte, renforcé par la culture du silence de la société érythréenne, est particulièrement propice à la poursuite de la pratique des MSF.

Programme au plan national

La politique de santé sexuelle et génésique a été élaborée par le Ministère de la santé érythréen en septembre 2007. Elle comporte des orientations claires et des directives stratégiques précises pour sa mise en œuvre, son suivi et son évaluation, et définit les rôles et les responsabilités des partenaires. Elle vient s’ajouter à la politique de santé des adolescents, élaborée en décembre 2004. Ces politiques prennent notamment en compte le découragement des pratiques traditionnelles néfastes, notamment les mariages précoces et/ou forcés, ainsi que les violences sexuelles et intrafamiliales dont sont victimes les femmes (en complément de la loi de 2007 pénalisant l’excision).

Quelques mois avant la promulgation de la loi en mars 2007, le responsable de la communication et de la recherche de l’UNFE, Dehab Suleiman, indiquait que, sans disposer de statistiques précises, des signaux positifs étaient constatés dans les villages reculés où les conseils de village proposaient leurs propres réglementations (ou règles) pour décourager la pratique de l’excision.

Pour autant, c’est le programme conjoint de l’UNICEF (Fond des Nations Unies pour l’enfance) et de l’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la Population) sur les MSF, qui semble avoir eu le plus d’impact : grâce à ce programme, ce sont 13 000 personnes qui ont publiquement annoncé qu’elles abandonnaient les mutilations sexuelles féminines en 2011.

Bien que très contrôlés par les autorités, les médias jouent un rôle important dans la sensibilisation des communautés à l’abandon des MSF (47% des femmes âgées de 15 à 49 ans utilisent les médias de masse ; la radio principalement, au moins une fois par an). En 2011, plusieurs programmes de radio et de télévision ont couvert le Jour de Tolérance Zéro aux MSF (célébré chaque année le 6 février) en proposant des discussions sur l’historique de la pratique des MSF et ses conséquences néfastes pour la santé maternelle et infantile.

Sources :

  • Rapport UNICEF 2013

  • Orchid Project 20/02/2013

  • IRIN Humanitarian News and Analysis (non profit media organisation) – Service d’information et d’actualité indépendant, sans but lucratif, intégré aux Nations-Unies jusqu’au 1er janvier 2015.

  • 4ème rapport périodique du Gouvernement de l’Erythrée au Comité sur l’Elimination de Toutes Formes de Discriminations contre les Femmes, couvrant la période 2005-2008

  • 5ème rapport couvrant la période 2009- 2012

[1] L’UNFE travaille en coordination avec les organismes publics Erythréens compétents sur l’égalité des sexes, la société civile et la communauté internationale, également sur la lutte contre les MSF.