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Djibouti

Les chiffres de l’excision (mars 2014)

En s’appuyant sur des chiffres gouvernementaux, environ 98% des femmes âgées de 8 ans et plus subiraient l’excision, l’infibulation ou bien les deux à Djibouti. Il n’existe pas de statistique portant sur le taux de prévalence en fonction de l’ethnie ni de la religion. La statistique moyenne de femmes excisées à Djbouti entre 15 et 49 ans présentée par l’UNICEF est de 93%, 3ème pays le plus touché dans l’enquête de l’UNICEF, après la Somalie et la Guinée-Conakry.

Une enquête réalisée par le Comité national de lutte contre les pratiques traditionnelles néfastes (CNPLTN) de Djibouti montre un taux inférieur : 82% des femmes interrogées (490 femmes entre 15 et 50 ans) ont subi des MGF.

Le rapport de l’UNICEF distingue deux groupes de femmes : celles entre 45 et 49 dont le taux de prévalence est de 95% et les filles âgées entre entre 15 et 19 ans dont le taux est de 90%. Notons ainsi que quel que soit l’âge, le pourcentage de filles ou femmes excisées à Djibouti reste très élevé. Les mesures législatives et gouvernementales, qui se sont accélérées depuis 2008 à Djibouti, auraient conduit à une diminution de 5% du taux de prévalence, de 98% à 93%.

Il semble que plus qu’une diminution notable des pratiques de MGF, serait constatée une évolution de pratique : la forme III de mutilation (infibulation) majoritairement pratiquée évoluerait vers la forme II.

L’environnement juridique

Le contexte legislatif

A Djibouti, l’excision est interdite depuis la révision du Code pénal, entrée en vigueur en avril 1995. L’article 333 du Code pénal interdit toutes les formes de violence : il prescrit que « la violence imposée par les mutilations génitales faites aux femmes est passible de cinq d’emprisonnement et d’une amende d’un million de francs Djiboutien » (environ 4000 Euros).

De plus, une loi a été votée en 2009 qui permet aux associations oeuvrant contre les MGF, de se porter partie civile à la place des victimes qui ne seraient pas en mesure de recourir à la justice.

La constitution

S’agissant de l’égalité femme/homme, la constitution djiboutienne du 15 septembre 1992 stipule dans son article 1 alinéa 2 que « l’Etat assure, à tous l’égalité devant la loi sans distinction de langue, d’origine, de race, de sexe et de religion ». L’article 10 ajoute que « tous les êtres humains sont égaux devant la loi ». Plus spécifiquement, concernant les droits constitutionnels des femmes, notamment contre les pratiques portant atteintes à leur intégrité physique, l’article 16 de la Constitution « condamne la torture, les sévices ou traitements inhumains, cruels, dégradants ou humiliants ».[1]

 


[1] Agence Djiboutienne d’Information, « L’excision et la « circoncision pharaonique » : deux pratiques de mutilations génitales largement répandues à Djibouti », Dépêche, 21 avril 2001

La jurisprudence

A ce jour, aucune condamnation n’a été prise en application du code pénal criminalisant les MGF. La mise en pratique de l’interdiction de l’excision est peu effective et aucun jugement n’a pour l’instant été rendu pour sanctionner les pratiques de MGF.

Le plan d’action au niveau national

La lutte contre les MGF à Djibouti a débuté à l’initiative de l’Union Nationale des Femmes Djiboutienne (UNFD) par le lancement de campagnes d’information visant à inciter à des pratiques légères de mutilation. En 1987, l’UNFD met en place le Comité National de Lutte contre les Pratiques Traditionnelles Néfastes, structure chargée de mener des actions contre les MGF. [1] En 1997, les MGF sont déclarées constituer une priorité de santé publique.

Le 15 mars 2005, 100 exciseuses ont déposé les couteaux. [2]

Notons qu’en 2007, est mise en place une Cellule d’écoute, d’information et d’orientation des femmes et des filles victimes de violence.

Le gouvernement djiboutien a par la suite accéléré les actions de sensibilisation : en 2008 a été lancé un programme conjoint entre le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) et UNICEF qui a permis de former une coalition d’envergure avec l’engagement et la participation exclusive des institutions gouvernementales, des leaders religieux et communautaires pour un abandon total de toutes formes d’excision. Il s’agissait d’une enquête anthropologique réalisée à partir de vingt-cinq entretiens conduits sur la base d’un guide à partir duquel une grande liberté d’expression a été favorisée. La démarche était explicitée aux personnes sollicitées: discuter ouvertement sur le thème des MGF et de recueillir des témoignages visant à comprendre pourquoi dans certaines familles la pratique des MGF est abandonnée alors qu’elle persiste dans d’autres foyers. Ce programme a été parrainé par la Première Dame de Djibouti.

En 2011, une première déclaration publique d’abandon total de toutes formes d’excision avec l’UNICEF et TOSTAN, a également eu lieu, dans un stade municipal de la capitale.[3]

Toutefois, conscient que les savants religieux ont un rôle primordial à jouer dans un pays qui reste de confession musulmane à 100%, Djibouti a publié en juin 2012, avec le soutien du FNUAP, son premier guide destiné aux imans et autres prédicateurs de la foi islamique dénonçant les pratiques néfastes des MGF.

De plus, le ministère djiboutien des Affaires Musulmanes a organise en juin 2013 un atelier de renforcement des capacités des religieux sur la lutte contre les MGF. Organisé en partenariat avec l’UNICEF, cet atelier de cinq jours a pour objectif de renforcer les capacités des prédicateurs religieux œuvrant dans le cadre du dialogue communautaire qu’ils animent deux fois par mois sur les ondes de la radiotélévision locale et dans les Centres de Développement Communautaire (CDC).
En outre, la Première Dame du pays, par le biais de son rôle de présidente de l’UNFD (Union Nationale des Femmes Djiboutiennes), ONG doyenne en matière de militantisme féminin, œuvre constamment pour améliorer au quotidien le bien-être des femmes djiboutiennes en luttant contre l’analphabétisme, les mutilations génitales féminines, la lutte contre la pauvreté par le biais du micro crédit.

 


[1] « Study : traditional practices affecting the health of women an children », Women’s International Network News, 18-2 spring 1992, p. 43

[2] Claude GUIBAL, « Djibouti, contre toutes les excisions », Libération, 15/03/2005.

[3] Africatime.com/Djibouti, du 07/07/2011

Sources :

– UNICEF/UNFPA

– Rapport National d’Evaluation Décennale de mise en application du programme d’action de Beijing (Juin 2004) – République de Djibouti, Premier Ministère, Ministère de la Promotion de la Femme, du bien-être familial et des Affaires Sociales.