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3 questions à Valérie Demonchy, chargée de mission aux droits des femmes et à l’égalité à la préfecture d’Ile de France

A l’occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations sexuelles féminines, la Direction Départementale de la Cohésion Sociale des Yvelines, la Délégation Régionale aux Droits des Femmes et à l’Egalité d’Ile-de-France et leurs partenaires, dont Excision, parlons-en! , organisent une rencontre-débat sur le thème « Excision : comprendre et agir », le jeudi 4 février 2016C’est dans ce contexte qu’Excision, parlons-en! a rencontré Valérie Demonchy, chargée de mission aux droits des femmes et à l’égalité à la préfecture d’Ile de France.

Pas Moïra Sauvage

La préfecture d’Ile de France s’associe le 4 février à une formation sur l’excision destinée aux professionnel-le-s. De quelle façon travaillez-vous au quotidien sur les droits des femmes?

Nous intervenons de plusieurs manières contre les violences faites aux femmes en organisant depuis plusieurs années des actions de prévention destinées aux jeunes, sur la notion de respect entre les garçons et les filles, mais aussi des actions de sensibilisation du grand public en relayant les campagnes nationales initiées par le gouvernement. Nous diffusons par exemple des plaquettes d’information pour agir contre les violences sexuelles et des documents pour informer les victimes à la fois sur leurs droits et sur les dispositifs de ressources locales qui peuvent leur venir en aide. Chaque département d’Ile de France dispose ainsi d’outils utiles.

Parallèlement, nous avons des lieux d’accueil des femmes victimes de violence, où elles peuvent trouver une écoute ainsi que des pistes pour s’en sortir. Le quatrième plan national de lutte contre les violences prévoyait un accueil de jour dans chaque département, celui des Yvelines est le dernier à avoir été créé. Nous travaillons bien sûr étroitement avec les associations dont certaines permettent un hébergement à ces personnes ainsi qu’à leurs enfants. Mais pour nous l’important est déjà de leur permettre un accueil sans délai, soit individuel, soit collectif.

Si les violences domestiques sont les plus fréquentes, il leur est souvent difficile de parler d’autres violences qu’elles ont subies, comme l’excision. Ce problème risque donc d’être moins visible…C’est pourquoi l’événement du 4 février s’inscrit dans notre souhait de lui redonner une visibilité, comme nous avons tenté de le faire dans le passé à l’occasion de la journée internationale contre les mutilations sexuelles, le 6 février. Une meilleure connaissance de la dynamique de l’excision est essentielle pour pouvoir la prévenir et s’organiser entre professionnels – juristes, médecins, infirmières scolaires, travailleurs sociaux…- pour en aider les victimes, que ce soit les femmes excisées ou les petites filles et adolescentes à risque.

Dans quelle mesure l’excision est-elle un frein à l’égalité femmes/hommes?

On peut dire que d’un point de vue général, toute violence subie par les femmes est un frein à l’égalité! Les textes de droit international des Nations Unies l’ont bien rappelé en incluant l’excision dans leurs recommandations aux états. Ils ont mis en évidence le lien entre la sécurité et la dignité des femmes.

Je pense qu’aujourd’hui il y aurait moyen d’améliorer nos actions et d’agir de façon plus préventive, en étant au plus près des femmes excisées. Les actions de terrain sont essentielles, c’est pourquoi nous pensons que nos formations ne seront utiles que si elles permettent à tous ceux qui, dans leur quotidien, sont amenés à travailler avec elles ou leurs enfants, d’agir.

Nous sommes également parfaitement conscients de la difficulté que peuvent avoir ces femmes à lire nos documents rédigés en français alors que beaucoup soit sont illettrées, soit ne parlent que leur langue d’origine.. Là encore, le moyen de s’adresser à elles passe par ceux qui échangent avec elles.

Sur le plan personnel, comment avez-vous découvert le problème de l’excision?

J’avais travaillé pendant de nombreuses années sur la lute contre les violences, d’abord en association puis en collectivité. Le faire aujourd’hui au sein d’une administration d’état semblait la continuation logique. Je connaissais bien ces problématiques, mais j’ai plus particulièrement découvert les mutilations sexuelles féminines par le biais des travailleurs de terrain. C’était en fait un sujet que j’ignorais jusque là! Et puis, dans un deuxième temps, j’ai eu l’occasion d’échanger avec des femmes victimes de violences, qui m’ont ensuite parlé de leur excision, et j’ai pu prendre une vraie connaissance de cette réalité à travers leurs témoignages. Comment, en tant que femme et mère, ne pas y être spécialement sensible?… Cela m’a aussi permis de comprendre combien, si on n’abordait pas nous-mêmes le sujet, elles n’en parlaient pas. Enfin, j’ai suivi des formations qui m’ont permis d’approfondir la thématique, ce que je souhaite à tous les participants de la formation que nous soutenons : j’espère qu’ils seront à même à l’avenir de mieux écouter, comprendre, et savoir qu’ils ne sont pas isolés.



23 janvier 2016

Catégories : 3 questions à, France