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3 questions à… Claudette Bodin

Claudette Bodin est assistante sociale pour Afrique Partenaires Services. L’association, créée en 1991, a pour objectif d’accompagner la migration africaine en France, notamment par une aide à la rédaction des dossiers de demande d’asile en protection contre l’excision déposés auprès de  l’Ofpra.

Propos recueillis par Louis Guinamard

1. Pouvez-vous nous préciser dans quelles circonstances Afrique Partenaires Services est confrontée à la question de l’excision ?
Au fil des ans, les situations et les demandes traitées par Afrique Partenaires Services ont évolué. Depuis un peu plus d’une année, nous recevons beaucoup de familles vivant dans une grande précarité et hébergées le plus souvent par le Samu Social de Paris. Les familles maliennes sont pour beaucoup des familles monoparentales. 90% des familles reçues sont de l’Ouest africain, principalement des familles maliennes et ivoiriennes, appartenant à des ethnies pratiquant l’excision : soninké, bambara, peuhl, dioula, sénoufo, koyaka, odiénnéka.
Lorsque ces familles ont des petites filles, nous les informons de la possibilité de protéger celles-ci contre l’excision en demandant à l’Ofpra de leur accorder le statut de réfugiées. Nous savons bien que les familles sont prioritairement intéressées par le fait qu’elles pourront obtenir une régularisation de leur séjour en leur qualité de parent d’une petite fille réfugiée. Elles ne viennent pas vers l’association pour se faire asséner un discours sur les méfaits de l’excision. Mais nous profitons de cette occasion pour les informer des graves conséquences de l’excision sur la vie des femmes et aussi sur celle des couples, en espérant qu’elles seront ensuite sincèrement contre l’excision des petites filles.

 

2. Quels sont les critères généralement retenus, ou les difficultés récurrentes, pour accorder ce statut en invoquant les risques d’excision ?
Pour obtenir le statut de réfugié différents critères sont pris en compte destinés à évaluer le risque d’excision en cas de visite de la petite fille à la famille dans son pays : l’ethnie, l’excision ou non de la maman, les traditions familiales par rapport à l’excision. Deux certificats médicaux doivent être joints à la demande de protection à l’Ofpra : un certificat médical attestant que la maman est excisée et un certificat médical attestant que la petite fille n’est pas excisée. Si la maman n’est pas excisée bien qu’appartenant à une ethnie pratiquant l’excision, il est nécessaire d’en connaître la raison (tradition familiale, santé lorsque la maman était petite…) car si la maman n’est pas excisée la demande pour la petite fille risque d’être rejetée dans la mesure où l’Ofpra peut estimer qu’il n’y a pas de tradition familiale d’excision. Le maximum d’explications devra être donné dans la partie « récit » de l’Ofpra.

 

3. Comment faire émerger la parole des familles et des couples pour protéger leurs enfants de l’excision ?
Tout se joue à l’occasion du recueil du « récit » partie essentielle du dossier de demande d’asile à l’Ofpra. On explique à la famille que, tout comme dans un dossier d’asile politique dans lequel on doit raconter les circonstance de l’emprisonnement ou les mauvais traitements subis, pour la demande d’asile en protection contre l’excision, il est nécessaire d’expliquer les circonstances de l’excision de la maman, son vécu au moment de l’excision si elle était suffisamment grande pour s’en rappeler et les conséquences au quotidien en particulier dans sa vie de couple (absence de désir et de plaisir, douleurs..). L’hypothèse est que si la maman a été excisée, la petite fille le sera également lorsqu’elle viendra dans la famille.
Les récits, guidés par un questionnement de l’assistante sociale d’Afrique Partenaires Services et la médiatrice de même culture que les familles concernées, sont recueillis toujours en présence du mari et de la femme. Certains couples ignorent parfois que leurs difficultés dans la relation conjugale sont une conséquence de l’excision pratiquée sur les femmes. L’entretien doit aboutir à ce que le mari comprenne pourquoi sa femme le refuse souvent, mais aussi à ce que la femme comprenne que c’est l’excision qui est la cause de son incapacité à vivre une vie conjugale normale. Certaines femmes ont découvert cette réalité en parlant avec des « copines » non excisées qui leur racontaient leurs plaisirs de nuit.Lorsque le mari a pu comprendre que le comportement de son épouse ou compagne dans la relation conjugale n’exprime pas un rejet ou une indifférence, mais que c’est la conséquence de l’excision, il pourra avoir une autre relation avec elle (la tendresse existe aussi !). De plus, une fois que les méfaits de l’excision sont bien décryptés par les deux parents de la petite fille, ils sont sincèrement contre l’excision, disant « nous on vit ce problème, mais au moins que notre fille ne connaisse pas cela plus tard dans sa vie de femme ! ». Les parents sont toujours informés de la possibilité chirurgicale de la réparation de l’excision dans certains hôpitaux parisiens.

Info pratique :
Afrique Partenaires Services
3 rue Wilfrid-Laurier 75014 PARIS
afriserv@free.fr


22 janvier 2014

Catégories : 3 questions à, France