3 questions à Axelle Jah Njiké

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3 questions à Axelle Jah Njiké

Axelle Jah Njiké est auteure, féministe, et entrepreneure. Elle est également chroniqueuse pour l’émission l’Afrique Intime (Le Monde Afrique) depuis juin 2016 et administratrice du GAMS depuis 2014

Propos recueillis par Marion Schaefer

1/ En quoi le sujet des mutilations sexuelles féminines vous touche-t-il particulièrement ?

Le sujet des mutilations sexuelles féminines (MSF) me touche parce que je suis femme, africaine, et mère. Il concerne des êtres dotées tout comme moi, d’un clitoris à leur naissance, qu’on a privé de leur intégrité corporelle, et des fillettes et des femmes qui pourraient être mes filles, mes sœurs ou mes tantes. En tant qu’auteure et entrepreneure, je suis très sensible dans mon travail, à la parole des femmes que ce soit dans l’espace public urbain ou l’intimité. La question des MSF m’interroge sur l’égalité, les injonctions de féminité, la réhabilitation du féminin au cœur du sacré. Elle met pour moi en lumière de manière évidente, la seule façon tolérable, pour certains hommes, d’entendre voir les femmes vivre leur sexualité. Soit dénuée de sens et de plaisir. Pourtant, le corps devrait être lieu de plaisir et non de tabous. Mais culturellement, il s’avère que cette idée est plus dérangeante quand il s’agit du corps des femmes. Même aujourd’hui, en 2016, on parle fort peu à nos filles, nos nièces, nos petites sœurs, de leur plaisir sexuel. Il est pourtant primordial d’entamer une conversation sur ce sujet, réviser cette idée que notre fonction sexuelle est de donner à l’autre et d’être le vecteur de son plaisir.

« Beaucoup de gens imaginent toujours que s’engager à propos de la lutte contre les MSF n’a trait qu’à la mutilation, la souffrance, et la douleur, mais il ne s’agit pourtant pas que de cela. Le propos est en fait bien plus vaste. Et il est aussi solaire, puissant et émancipateur. »

Celles qui ont fait face à la violence du couteau, et qui ont survécu, sont parvenues à surmonter un moment dont je ne peux imaginer ni la douleur physique, ni l’impact émotionnel. Outre le fait d’être citoyennes, sœurs, et pour certaines, compagnes, épouses, et mères, beaucoup sont en prime militantes, et trouvent encore la force d’agir pour que ce qui leur a été fait, ne soit pas fait à d’autres. Franchement, comment ne pas les aimer ? Comment ne pas les admirer ? Comment ne pas les soutenir, et rejoindre leurs rangs non seulement en vue de l’éradication de ces pratiques, mais pour que le plaisir féminin ait le droit de cité, et soit la valeur la mieux partagée entre toutes les femmes ?

2/ Selon vous quelles solutions sont à envisager pour mieux travailler avec et protéger les femmes ici et là-bas ? Et que faites-vous de manière personnelle pour y contribuer ?

Il faut multiplier que ce soit ici en France, ou dans le reste du monde, les témoignages permettant de mettre un visage sur les statistiques. Faire entendre de plus en plus la parole des femmes qui en ont été les cibles. Leur voix doit s’élever et raconter les histoires de leur point de vue, chaque histoire étant singulière et méritant d’être écoutée, entendue, relayée. Leurs récits comme grand nombre de récits sur les violences faites aux femmes, sont à la fois intimistes et universels, et nous obligent à nous intéresser aux fondements des relations humaines : l’intimité sexuelle et affective, le désir, et la parentalité. Les hommes doivent eux aussi prendre part à cette action, car rien ne sera possible sans eux. Eux aussi sont victimes de ces pratiques, ils ont tout à gagner à l’avènement d’une société où leurs compagnes les auraient choisis, prendraient du plaisir à l’intimité partagé, à l’échange sexuel.

« Nous devons forger ensemble un avenir sexuel meilleur pour les générations à venir, et léguer un nouvel héritage, plus éclairant et plus aimant sur tout ce qui concerne la joie d’être femme, à nos enfants. Filles et garçons. »

Par ailleurs, il faut faire entendre dans toutes les sociétés humaines – à commencer par la nôtre – un discours sans équivoque sur la légitimité du plaisir des femmes. Sensibiliser à la question du plaisir féminin et aider les jeunes femmes à se constituer comme sujets actifs de leur vie sexuelle. On sait aujourd’hui que les MSF concernent un large éventail de femmes. Elles n’ont ni couleur, ni religion et ne sont infligées aux femmes qu’en raison de leur sexe. Elles perdureront tant que nous ne serons pas, en tant que citoyennes, les premières, à être convaincues de la légitimité de notre plaisir. Du bien-fondé de notre jouissance. Inscrire le droit au désir, au plaisir sexuel et à la jouissance pour chacune dans la revendication du droit à l’égalité, c’est permettre que rien ni personne ne puisse nous ôter notre pouvoir.

CMJN de baseA titre personnel, outre mon engagement au sein du GAMS, je finalise un projet entrepreneurial consacré à la visibilité de la parole des femmes en matière d’intimité sexuelle et affective. Des galeries culturelles dévolues à leur parole et aux expressions de cette dernière, sur l’intime, le sexe, le couple et la famille. Avec une focale particulière sur la littérature érotique féminine, qui illustre particulièrement bien à mes yeux, la liberté conquise par ces dernières. C’est un projet personnel qui me tient à cœur car il combine les droits universels dont nous devrions toutes pouvoir disposer ; lire, écrire, choisir et bien sûr, jouir ! et un aspect militant : une partie du prix de vente des biens culturels, étant reversée à la lutte contre les MSF, et à des initiatives en faveur de l’éducation des filles.

3/ Pourquoi l’implication de toutes dans le combat contre les mutilations sexuelles féminines est-il légitime et important ?

« Les MSF sont infligées aux femmes en raison de leur sexe. J’ai eu l’occasion de le dire, et de l’écrire lors récente tribune pour Le Monde Afrique, elles ne sont ni une affaire de « blanche » ni une affaire de « noire ». Elles sont une affaire de femmes. Qu’on ait connu ou non la violence du couteau. »

Elles sont le rappel qu’il faut militer pour le pouvoir de la souveraineté des femmes, leur droit à exercer leur libre arbitre, et à rétablir dans son pouvoir et sa dignité originels, leur sexualité. Nous impliquer TOUTES dans le combat contre les MSF c’est réfuter que le désir des femmes fait désordre, que leur plaisir appartient aux hommes et à leur société. Notre plaisir a droit de cité. Notre clitoris n’a rien d’une anomalie, il fait de nous les auteures de notre propre plaisir. L’atteinte au cœur de l’intégrité de la sexualité des femmes, de leur droit à disposer de leur corps, que représentent ces mutilations, devraient faire sens pour toutes. Toutes ces femmes, ces filles nous rappellent par leur sort, combien non seulement le corps mais aussi le sexe des femmes, constitue depuis trop longtemps le butin de l’humanité. Notre sexe nous appartient. Chacune est libre d’en disposer à sa guise, il n’est porteur d’aucune malédiction ni anomalie. Il est impératif de rappeler cette vérité. La vie de trente millions de fillettes risquant d’être victimes de la pratique dans les dix prochaines années, en dépend.

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